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"Combien de morts faudrait-il atteindre pour que la Communauté Internationale comprenne que le pouvoir de Mr Biya est un régime fasciste et infréquentable"? 

 Le mercredi 09 avril 2008, une délégation du CODE a été reçue par la Commission Européenne en la personne de la responsable en charge du Cameroun au sein de cette institution.

La délégation du CODE était conduite par le Dr Moise Essoh, Secrétaire Exécutif, qu’accompagnait le Dr Patrice Ndjoumi, membre du Comité de Coordination du CODE.

Au cours d’un entretien d’une heure et demie, les membres de la délégation, ont exposé les préoccupations du CODE concernant la situation politique actuelle au Cameroun.

D’entrée de jeu, la représentante de la Commission Européenne a indiqué avoir connaissance de la situation qui prévaut au Cameroun, et a abordé la discussion sur la légalité de la révision constitutionnelle. Elle a demandé en quoi cette révision était contestable, puisqu’elle suit les procédures en vigueur selon les lois camerounaises. La Délégation du CODE après avoir rappelé les termes du communiqué de l’Union Européenne sur le Cameroun, en date du 27 mars, se sont inquiétés sur l’attitude de la Commission qui, après avoir elle-même recommandé « un débat large, libre et ouvert, incluant toutes les composantes de la société camerounaise » comme préalable à une éventuelle révision constitutionnelle, accepte maintenant que sans débat large, libre et ouvert, incluant toutes les composantes de la société camerounaise, cette révision puisse quand même passer. Le CODE a démontré que l’absence de débat même au sein du parti au pouvoir, était la preuve que le régime autocratique de M. Biya est pleinement conscient que cette révision est contraire à la volonté de la très grande majorité du peuple camerounais.

A ce sujet, la délégation a rappelé que lors de la dernière rencontre avec la Commission Européenne en avril 2007, le CODE avait déjà clairement expliqué que l’enjeu de la mascarade électorale du 22 juillet 2007 n’était rien d’autre que la préparation par Mr Biya et sa clique, du coup d’état constitutionnel que le Cameroun est entrain de vivre.
Revenant sur les éléments dramatiques et les massacres à large échelle subis par le peuple camerounais, pour avoir exprimé dans la rue son refus de tout tripatouillage constitutionnel et exigé de meilleures conditions de vie, la délégation du CODE a interpellé l’Union Européenne sur le fait de n’avoir pas condamné ces massacres. La représentante de la Commission Européenne a alors indiqué que dans le communiqué en anglais de l’Union Européenne, il était bien marqué « condemns », qui a été traduit en français par « dénonce » et non par « condamne ». Elle a assuré la délégation du CODE qu’il s’agissait bien d’une condamnation.

Les deux émissaires du CODE ont ensuite explicité les différentes violations des droits humains, des libertés individuelles et de presse, et surtout des événements graves qui se sont déroulés pendant la révolte de février, tels que le massacre du pont du Wouri. La représentante de la Commission Européenne s’est déclarée choquée par l’ampleur des tueries et par le nombre de morts, qu’elle reconnaît volontiers dépasser les 40 morts officiellement reconnus par le gouvernement camerounais. Les délégués du CODE ont par la suite clairement martelé sur la nécessité de la mise sur pied d’une Commission Internationale d’Enquête sur les massacres des populations civiles avant de demander l’appui de l’union Européenne pour que cette demande soit traduite dans les faits.

A ce sujet, la représentante de la Commission Européenne dit comprendre et soutenir cette demande et a souhaité une implication des ONG locales et des Organisations nationales et internationale de Défense des Droits Humains dans cette démarche, car « il faut que toute la vérité soit sue sur les violences de la fin février au Cameroun », a-elle martelé.

S’agissant de l’application de l’article 96 des accords de Cotonou, qui conditionne la poursuite de la coopération à l’instauration d’un « environnement politique garantissant la paix, la sécurité et la stabilité, le respect des droits de l’Homme, des principes démocratiques et de l’Etat de droit et la bonne gestion des affaires publiques », la délégation du CODE a démontré point par point que l’environnement politique actuel au Cameroun ne garantit ni la paix, ni la stabilité, ni le respect des droits de l’Homme, ni le respect des principes démocratiques, ni la bonne gestion des affaires publiques. Les délégués du CODE ont donc demandé combien de morts faudrait-il atteindre pour que l’UE constate le caractère dictatorial, sanguinaire et anti-démocratique du régime de Yaoundé et applique enfin l’article 96 des accords de Cotonou.

Visiblement embarrassée, la représentante de la Commission Européenne. a répondu qu’il serait très difficile que l’article 96 soit appliqué, mais que « le dialogue avec les autorités camerounaises a été renforcé sur les questions de démocratie et de droits de l’homme, et que ce renforcement indique que l’Union Européenne est réellement préoccupée par la situation politique au Cameroun ». Elle a également indiqué que les récents événements ont fait apparaître un certain visage du régime camerounais, dont l’U.E. tient également compte.

Le CODE a tenu enfin à faire remarquer pour le regretter, une fois encore, que la sonnette d’alarme tirée par divers acteurs politiques camerounais ne soient pas pris au sérieux par les institutions internationales, qui risquent d’être pris au dépourvu par un embrasement de la situation camerounaise, que tous les signes annoncent imminent.

La rencontre s’est terminée sur l’insistance de la représentante de la Commission Européenne en faveur de la création d’une dynamique collective pour faire émerger la nécessité d’une Commission d’Enquête internationale sur les massacres de février 2008 au Cameroun.

Avant de prendre congé de leur hote, la Délegation du CODE a remis une lettre à l'attention de Mr Barroso, président de la Commission Européenne. Dans cette lettre le CODE demande entre autres "le gel des avoirs des membres du régime camerounais et l'application de l'art 96 des accords de coopération UE-ACP, article qui prévoit des sanctions contre des régimes qui violent les droits humains et qui ne respectent pas les principes démocratiques, comme le gouvernement dictatorial de Paul Biya.

Max Sandjo
Attaché de Presse