CPI

Pas de répit pour Paul Biya. Après la plainte déposée au parquet de Paris le 2 février 2010 par le Conseil des Camerounais de la diaspora –plainte jugée irrecevable- pour détournements de fonds publics, le chef de l’Etat camerounais doit faire face à une nouvelle affaire. Le Collectif des organisations démocratiques et patriotiques de la diaspora, CODE, vient en effet de l’assigner devant la Cour pénale internationale (CPI) pour « crimes contre l’humanité », apprend-on d’Afrikblog, le blog de l’organisation. Le CODE et son conseil Me Selma, dans le document d’accusation, épinglent son rôle dans les événements de février 2008.

On se rappelle que les 24, 25, 26, 27 et 28 février 2008, à la suite d’un vaste mouvement populaire de revendications sociales (baptisé par certains : émeutes de la faim) ayant embrasé plusieurs villes du pays, les militaires avaient maté dans le sang les manifestants, faisant de nombreux morts, plus de 100 selon des organisations de défense des droits de l’Homme et 40 de sources officielles. Pour le CODE, Paul Biya serait le principal responsable de cette tuerie car son « discours [le 27 février, au plus fort des émeutes, le président avait prononcé un discours dur qui pour beaucoup d’observateurs avait encouragé les forces de l’ordre à ne pas faire des détails] signait un chèque en blanc à l’armée ».

 Aveu de culpabilité

Cette autre action contre le locataire d’Etoudi a-t-elle une chance d’aboutir ? Le politologue Aboya Manassé Endong a une lecture nuancée. « Le problème, c’est que cette plainte a un caractère politique. De ce fait, juridiquement, il faut au préalable qu’une commission d’enquête indépendante établisse les faits. Ce n’est qu’à la suite de cela qu’une inculpation peut être prononcée contre l’accusé », analyse-t-il. Or la mise sur pied d’une commission internationale dépend de la communauté internationale, en réalité, les puissances occidentales. Peuvent-elles accepter de se brouiller avec les autorités camerounaises pour faire la lumière sur ces tristes événements ? Rien n’est moins sûr. Mais pour Aboya Manassé Endong, quelle que soit l’issue de cette action, la manœuvre apparaît « déstabilisante » pour le régime. Est-ce à dire que le CODE ne perd rien au change ?

 

Ses mandants, Moïse Essoh Etia, Tene Sop, Franklin Nyamsi et Patrice Ndjoumi pensent en tout cas qu’il « existe des charges suffisantes et précises justifiant l’ouverture d’une enquête par le bureau du procureur. [Car] trois conditions essentielles sont réunies : le caractère généralisé de l’attaque [des populations civiles] ; la population civile comme cible ; et les faits constituent des actes particulièrement inhumains». Selon certains observateurs, le fait même que le président de la République ait gracié les manifestants embastillés est en soi un « aveu de culpabilité » qui dépasse toutes les autres preuves. Serait-ce l’avis de la Cour pénale internationale ?

Par frederic.boungou |     Lundi 8 mars 2010 | Le Messager