Par lemessager |     Lundi 26 avril 2010 | Le Messager

 

 

La mort du journaliste Germain Bibi Ngota, détenu depuis le 15 avril 2010 à la prison de Kondengui suite à une accusation de faux et usage de faux, dans la nuit de mercredi à jeudi dernier, provoque des réactions tant à l’intérieur du pays qu’à l’extérieur. C’est d’abord le Syndicat national des journalistes du Cameroun (SNJC) qui a ouvert le bal. Le bureau exécutif national réuni la semaine dernière à Douala à la suite du décès de ce journaliste a condamné avec la dernière énergie ce décès et annonce la tenue d’un sit-in pacifique devant l’entrée de la Primature, pour montrer leur désapprobation face aux atteintes multiples subies par la presse. Le syndicat a par ailleurs invité les journalistes exerçant en région d’effectuer le même sit-in devant les bureaux des gouverneurs.

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Dans leur ensemble, de nombreux médias nationaux et internationaux ont condamné ce décès. L’honorable Jean Michel Nintcheu n’est pas resté de marbre. Il a appelé à la création en urgence d’une commission d’enquête parlementaire sur les circonstances du décès de M. Ngota et sur l’affaire de l’acquisition du bateau-hôtel, à l’origine des investigations des quatre journalistes arrêtés, par la Snh. Pour ce député de la nation, « ce drame remet plus que jamais en selle la problématique de la dépénalisation des délits de presse. En attendant qu’elle devienne effective, il est urgent de procéder à la libération sans condition de tous les journalistes actuellement emprisonnés pour délit de presse ».

Paris a également réagi vendredi. Lors de son point presse quotidien, le Quai d’Orsay (les Affaires étrangères) a demandé à ce que la « lumière soit faite » sur cette disparition. « La France ne peut que déplorer le décès d’un journaliste en prison où que ce soit et quelles que soient les charges retenues contre lui », a ainsi déclaré le porte-parole du ministère des Affaires étrangères.

Pour le CODE (Collectif des organisations démocratiques et patriotiques de la diaspora camerounaise) qui encourage l’ensemble de la presse camerounaise à observer « une journée sans journaux », la mort du journaliste Bibi Ngota est « une grave escalade et un dangereux précédent dans l’atmosphère de terreur généralisée que le dictateur Paul Biya exerce ces derniers mois, sur les journalistes de la presse à capitaux privés et sur les défenseurs des droits humains au Cameroun ».

Le Rassemblement démocratique pour la modernité du Cameroun (RDMC) demande par contre des comptes au gouvernement camerounais sur les conditions de détention et les causes de décès de ce journaliste. Le président du Rdmc, Pierre Mila Assouté, en appelle aux grands pays démocratiques et de liberté, pour établir la vérité des faits sur ce décès suspect et pense qu’ « il serait inhumain et criminel de refuser des soins à des prévenus en détention, alors que leur état de santé avéré expose à des risques de mort ».

On le voit bien. Depuis le décès de ce journaliste, le gouvernement est acculé de toutes parts. Selon certaines sources, le président de la République lui-même aurait manifesté de la colère à l’annonce de cette nouvelle. Le gouvernement, à travers Issa Tchiroma a instruit que l’autopsie soit faite afin de déterminer les causes réelles du décès du journaliste. Ce qui ne suffit pas à arrêter la déferlante qui tombe sur le gouvernement camerounais.

Blaise-Pascal Dassié