Lu sur http://www.icicemac.com/actualite/quand-la-peur-change-de-camp-le-gouvernement-camerounais-boycotte-le-comite-des-nations-unies-contre-la-torture-cat.html

LE MESSAGER
QUOTIDIEN

 

La « diplomatie buissonnière », ainsi pourrait se résumer l’attitude du gouvernement camerounais vis-à-vis du Comité des Nations Unies contre la Torture (CAT) ! De quoi s’agit-il ?

 

L’ordre du jour de la 44 e session de la CAT - qui se tient à Genève du 26 avril au 14 mai-avait prévu d’auditionner le gouvernement camerounais sur l’état de la mise en œuvre de la convention contre la torture au Cameroun et surtout d’examiner, en présence des autorités camerounaises, le 4e rapport périodique déposé par le gouvernement à la CAT. L’audition du Cameroun était d’ailleurs prévue pour les 28 et 29 avril.

 

Anatole. Fabien Marie Nkou, le chef de la mission permanente du Cameroun à Genève, avait d’ailleurs confirmé la participation du Gouvernement camerounais par Fax No 073/NV/MPCG/PS1/S1 du 27 avril 2010, dans lequel il communiquait au Haut Commissariat des Nations Unies pour les Droits de l’Homme, la liste de la délégation devant défendre le rapport du Cameroun lors de cette 44e session de la CAT. Dans ce Fax Marie Nkou cite Aurelien Eteki, Francois Ngantcha, Bertin Bidima et lui-même comme faisant partie de la délégation camerounaise à la 44e session du Comité. Le décor était donc tout planté pour la participation du Cameroun, surtout que le Gouvernement de Philémon Yang avait pris soin d’envoyer depuis mars 2010 ses réponses aux préoccupations soulevées par la CAT suite au 4e rapport périodique du Cameroun. Que s’est-il donc passé pour que le Cameroun décide de boycotter purement et simplement son audition?

 

Le Rapport du CODE et l’affaire Bibi N’gota contrarient les plans du régime Camerounais

 

Nos sources au sein de la mission du Cameroun à Genève soutiennent que l’ambassadeur Anatole Nkou serait entré dans une colère extrême après avoir appris que le CODE a déposé auprès de la CAT un contre rapport démolissant les thèses du gouvernement notamment sur la prétendue abolition de la torture au Cameroun et sur la justification des tueries de février 2008. En plus soutient notre informateur « dès que son Excellence Nkou a été informé qu’une délégation du CODE composé d’experts de droits de l’Homme serait reçue par la CAT, le mardi 27 avril, il n’a pas pu se retenir et a immédiatement bondi sur son téléphone pour appeler Yaoundé ». C’est donc après avoir demandé la conduite à tenir à sa hiérarchie au Cameroun que Anatole Nkou a envoyé un 2e fax à la CAT, estampillé «urgent», dans lequel il informe le Haut commissaire des Nations Unies pour les Droits de l’homme que «la délégation camerounaise n’est pas prête pour son audition les 28 et 29 mais et vous prie de bien vouloir la reporter à une date ultérieure » sans autre précision. Non content d’avoir envoyé ce message, Mr Nkou se serait saisit de son téléphone pour protester  de vive voix auprès du Comité de ce que « des terroristes et des groupes d’opposants au service de l’étranger, qui salissent l’image du Cameroun et de ses institutions », soient reçus par la CAT. Avant de raccrocher, Mr Nkou informe le bureau du Haut commissaire aux Droits de l’Homme de ce que « la délégation camerounaise ne se sent pas en sécurité à partir du moment où des groupes de terroristes et d’opposants au régime sont conviés à cette réunion ».  Anatole Nkou ne cite à aucun moment le nom du CODE, mais tout le monde a compris de quoi il parle ! Le bureau du Haut Commissaire aux Droits de l’Homme s’est évertué à expliquer à Mr Nkou que la convention contre la torture prévoit l’audition des ONG intéressées par les questions de lutte contre la Torture, au même titre que les gouvernements et les délégations officielles, sans le convaincre.

 

Rappelons que dans un Rapport du 20 avril 2010, le Comité Exécutif du CODE sous la signature de Moise Essoh, Tene Sop, Patrice Ndjoumi et Franklin Nyamsi avaient adressé un rapport très critique contre le régime de Paul Biya, au Comité contre la Torture pour « mettre en lumière la pratique de la torture comme mode de gouvernement au Cameroun ». Cette même organisation avait déjà saisi en février de cette année, le procureur de la Cour Pénale Internationale pour lui demander de « considérer les massacres contre les populations civiles de février 2008 au Cameroun » comme crime contre l’humanité avec des suites juridiques conséquentes »

 

L’Autre motif de la fuite du gouvernement camerounais serait la tournure prise par le décès du journaliste Bibi Ngota dont les proches affirment –preuves á l’appui- qu’il a été torturé par la police depuis son arrestation en février 2010, avant d’être écroué sans soins à la maison d’arrêt de Nkodengui à Yaoundé.

 

Il aurait été particulièrement embarrassant pour les autorités de Yaoundé, de se présenter à la CAT et de continuer à soutenir que « la torture au Cameroun relève du passé» alors qu’un journaliste vient fraîchement de mourir en prison avoir justement avoir été …torturé !

 

Le gouvernement camerounais a donc choisi de prendre la « clé des champs », plutôt que d’aller assumer ses crimes et ses massives violations des droits humains devant le Comité contre la Torture de l’ONU.

 

Le groupe d’opposants réuni au sein du CODE semble être devenu au fil du temps, une véritable obsession, une véritable pierre dans la chaussure du régime dictatorial de Paul Biya. Le CODE a en effet pris une influence croissante dans les cercles diplomatiques internationaux et est devenu une une réelle source de préoccupation pour les sécurocrates et les stratèges du régime à Yaoundé. On se souvent que dans sa « Lettre à la Diaspora » datée du 06 mars 2010, Mr Eyebé Ayissi, le ministre des relation extérieures du Cameroun promettait déjà de réserver aux organisations comme le CODE (…), qui sont des agents au services de l’étranger, le traitement diplomatique qu’elles méritent…(…) »

 

Le CODE et la FIACAT reçus par le Comité contre la Torture.

 

A la suite du 4e rapport périodique rapport du Cameroun á la CAT, deux ONG le CODE (Collectif des Organisations Démocratiques et Patriotiques de la Diaspora Camerounaise) et l’ACAT, représentée par la FIACAT (Fédération Internationale de l’Action des Chrétiens pour l’Abolition de la Torture) avaient fait des observations sur le rapport du gouvernement camerounais, qui ont d’ailleurs été publiées sur le site du Comité contre la Torture. Ces Deux organisations ont été reçues le mardi 27 avril dans l’après midi au siège de la CAT à Genève.

 

La délégation du CODE était conduite par son Secrétaire Exécutif en exercice, le Dr Moise Essoh. Nous n’avons pas pu avoir le nom de la dame qui représentait la FIACAT.

 

Moise Essoh dans son exposé à la CAT a demandé au Comité de ne pas recevoir l’argument du Cameroun selon lequel « les forces de l’ordre ont agi en état de légitime défense » et a insisté pour que ces « tueries préméditées et programmées fassent l’objet d’une enquête internationale indépendante afin que les auteurs de ces crimes contre l’humanité répondent de leurs actes ». Monsieur Essoh ensuite parlé de la mort du journaliste Bibi Ngota qui pour selon lui est un « assassinat politique du régime antidémocratique au pouvoir au Cameroun» auprès de la CAT sur les massacres de février. «  Monsieur Germain bibi Ngota est mort après avoir été torturé par des agents de la police qui sont identifiés et connus du gouvernement. Si le régime de Biya qui prétend que la « torture au Cameroun relève du passé » veut vraiment éradiquer ce fléau, il faut qu’il nous le prouve en mettant aux arrêts les tortionnaires de Bibi NGota » a conclu le Secrétaire Exécutif du CODE, dont les mains étaient chargées d’un volumineux dossier de presse sur les violations des Droits de l’Homme au Cameroun qu’il semblait avoir du mal à porter.

 

La représentante de la FIACAT a quant á elle insistée sur la surpopulation carcérale au Cameroun et les conditions de détentions inhumaines qui sont celles des prisonniers camerounais. Elle a aussi pris le cas du journaliste Bibi Ngota pour illustrer le mauvais traitement que subissent chaque jour des milliers de détenus dans les prisons camerounaises.

 

Nous apprenons en terminant cet article qu’après moult tractations, la Délégation camerounaise aurait accepté d’être auditionnée le lundi 07 mai avec comme condition que la CAT assure la sécurité delà délégation contre certains éléments perturbateurs qui ont décidé à nuire á l’image du gouvernement Camerounais. Nos sources nous informent que cet alibi de sécurité brandit par l’ambassadeur Nkou serait un alibi pour encore boycotter l’audition du 07 mai…

 

Décidément la peur a vraiment changé de camp….

 

Essama Benoit Joël,

 

Journaliste indépendant, Genève

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http://www.lemessager.net/2010/05/droits-de-l%E2%80%99homme-torture-le-cameroun-fuit-le-tribunal-de-l%E2%80%99onu/

Droits de l’Homme   Torture : le Cameroun fuit le tribunal de l’ONU*

Par lemessager |     Jeudi 6 mai 2010 | Le Messager

 

 

 

La « diplomatie buissonnière », ainsi pourrait se résumer l’attitude du gouvernement camerounais vis-à-vis du Comité des Nations Unies contre la Torture (CAT) ! De quoi s’agit-il ?

 


A lire aussi:

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L’ordre du jour de la 44 e session de la CAT – qui se tient à Genève du 26 avril au 14 mai 2010 avait prévu d’auditionner le gouvernement camerounais sur l’état de la mise en œuvre de la convention contre la torture au Cameroun et surtout d’examiner, en présence des autorités camerounaises, le 4e rapport périodique déposé par le gouvernement à la CAT. L’audition du Cameroun était d’ailleurs prévue pour les 28 et 29 avril.

 

Anatole Fabien Marie Nkou, le chef de la mission permanente du Cameroun à Genève, avait d’ailleurs confirmé la participation du Gouvernement camerounais par Fax No 073/Nv/Mpcg/Ps1/S1 du 27 avril 2010, dans lequel il communiquait au Haut Commissariat des Nations Unies pour les Droits de l’Homme, la liste de la délégation devant défendre le rapport du Cameroun lors de cette 44e session de la CAT. Dans ce Fax Marie Nkou cite Aurelien Eteki, Francois Ngantcha, Bertin Bidima et lui-même comme faisant partie de la délégation camerounaise à la 44e session du Comité. Le décor était donc tout planté pour la participation du Cameroun, surtout que le Gouvernement de Philémon Yang avait pris soin d’envoyer depuis mars 2010 ses réponses aux préoccupations soulevées par la Cat suite au 4e rapport périodique du Cameroun. Que s’est-il donc passé pour que le Cameroun décide de boycotter purement et simplement son audition?

 

Le rapport du CODE et l’affaire Bibi N’gota

 

Nos sources au sein de la mission du Cameroun à Genève soutiennent que l’ambassadeur Anatole Nkou serait entré dans une colère extrême après avoir appris que le CODE a déposé auprès de la CAT un contre rapport démolissant les thèses du gouvernement notamment sur la prétendue abolition de la torture au Cameroun et sur la justification des tueries de février 2008. En plus soutient notre informateur « dès que Son Excellence Nkou a été informé qu’une délégation du CODE composé d’experts de droits de l’Homme serait reçue par la CAT, le mardi 27 avril, il n’a pas pu se retenir et a immédiatement bondi sur son téléphone pour appeler Yaoundé ». C’est donc après avoir demandé la conduite à tenir à sa hiérarchie au Cameroun que Anatole Nkou a envoyé un 2e fax à la CAT, estampillé «urgent», dans lequel il informe le Haut commissaire des Nations Unies pour les Droits de l’homme que «la délégation camerounaise n’est pas prête pour son audition les 28 et 29 et vous prie de bien vouloir la reporter à une date ultérieure » sans autre précision. Non content d’avoir envoyé ce message, M. Nkou se serait saisit de son téléphone pour protester  de vive voix auprès du Comité de ce que « des terroristes et des groupes d’opposants au service de l’étranger, qui salissent l’image du Cameroun et de ses institutions », soient reçus par la CAT. Avant de raccrocher, M. Nkou informe le bureau du Haut commissaire aux Droits de l’Homme de ce que « la délégation camerounaise ne se sent pas en sécurité à partir du moment où des groupes de terroristes et d’opposants au régime sont conviés à cette réunion ».  Anatole Nkou ne cite à aucun moment le nom du CODE, mais tout le monde a compris de quoi il parle ! Le bureau du Haut Commissaire aux Droits de l’Homme s’est évertué à expliquer à Mr Nkou que la convention contre la torture prévoit l’audition des ONG intéressées par les questions de lutte contre la Torture, au même titre que les gouvernements et les délégations officielles, sans le convaincre.

 

Rappelons que dans un rapport du 20 avril 2010, le Comité exécutif du CODE sous la signature de Moise Essoh, Tene Sop, Patrice Ndjoumi et Franklin Nyamsi avaient adressé un rapport très critique contre le régime de Paul Biya, au Comité contre la Torture pour « mettre en lumière la pratique de la torture comme mode de gouvernement au Cameroun ». Cette même organisation avait déjà saisi en février de cette année, le procureur de la Cour pénale internationale pour lui demander de « considérer les massacres contre les populations civiles de février 2008 au Cameroun » comme crime contre l’humanité avec des suites juridiques conséquentes »

 

L’autre motif de la fuite du gouvernement camerounais serait la tournure prise par le décès du journaliste Bibi Ngota dont les proches affirment –preuves á l’appui- qu’il a été torturé par la police depuis son arrestation en février 2010, avant d’être écroué sans soins à la maison d’arrêt de kodengui à Yaoundé.

 

Il aurait été particulièrement embarrassant pour les autorités de Yaoundé, de se présenter à la CAT et de continuer à soutenir que « la torture au Cameroun relève du passé» alors qu’un journaliste vient fraîchement de mourir en prison après avoir justement été …torturé !

 

Le gouvernement camerounais a donc choisi de prendre la « clé des champs », plutôt que d’aller assumer ses crimes et ses massives violations des droits humains devant le Comité contre la Torture de l’ONU.

 

Le groupe d’opposants réuni au sein du CODE semble être devenu au fil du temps, une véritable obsession, une véritable pierre dans la chaussure du régime dictatorial de Paul Biya. Le Code a en effet pris une influence croissante dans les cercles diplomatiques internationaux et est devenu une une réelle source de préoccupation pour les sécurocrates et les stratèges du régime à Yaoundé. On se souvient que dans sa « lettre à la diaspora » datée du 06 mars 2010, M. Eyebé Ayissi, le ministre des Relation extérieures du Cameroun promettait déjà de réserver aux organisations comme le CODE(…), qui sont des agents au services de l’étranger, le traitement diplomatique qu’elles méritent…(…) »

 

A la suite du 4e rapport périodique du Cameroun à la CAT, deux ONG le Collectif des Organisations Démocratiques et Patriotiques de la Diaspora camerounaise (CODE) et l’ACAT, représentées par la Fédération internationale de l’action des chrétiens pour l’abolition de la torture (FIACAT) avaient fait des observations sur le rapport du gouvernement camerounais, qui ont d’ailleurs été publiées sur le site du Comité contre la torture. Ces Deux organisations ont été reçues le mardi 27 avril dans l’après midi au siège de la CAT à Genève. La délégation du Code était conduite par son Secrétaire exécutif en exercice, le Dr Moise Essoh. Nous n’avons pas pu rentrer en possession de l’identité de la représentate de la Fiacat.

 

Moise Essoh dans son exposé à la CAT a demandé au Comité de ne pas recevoir l’argument du Cameroun selon lequel « les forces de l’ordre ont agi en état de légitime défense » et a insisté pour que ces « tueries préméditées et programmées fassent l’objet d’une enquête internationale indépendante afin que les auteurs de ces crimes contre l’humanité répondent de leurs actes ». Monsieur Essoh a ensuite parlé de la mort du journaliste Bibi Ngota qui pour selon lui est un « assassinat politique du régime antidémocratique du pouvoir au Cameroun» auprès de la CAT sur les massacres de février. «  Monsieur Germain bibi Ngota est mort après avoir été torturé par des agents de la police qui sont identifiés et connus du gouvernement. Si le régime de Biya qui prétend que la « torture au Cameroun relève du passé » veut vraiment éradiquer ce fléau, il faut qu’il nous le prouve en mettant aux arrêts les tortionnaires de Bibi NGota » a conclu le Secrétaire exécutif du Code, dont les mains étaient chargées d’un volumineux dossier de presse sur les violations des droits de l’Homme au Cameroun qu’il semblait avoir du mal à porter.

 

La représentante de la FIACAT a quant à elle insistée sur la surpopulation carcérale au Cameroun et les conditions de détentions inhumaines qui sont celles des prisonniers camerounais. Elle a aussi pris le cas du journaliste Bibi Ngota pour illustrer le mauvais traitement que subissent chaque jour des milliers de détenus dans les prisons camerounaises.

 

Nous apprenons en terminant cet article qu’après moult tractations, la délégation camerounaise aurait accepté d’être auditionnée le lundi 07 mai avec comme condition que la CAT assure la sécurité de la délégation contre certains éléments perturbateurs qui ont décidé à nuire à l’image du gouvernement camerounais. Nos sources nous informent que cet alibi de sécurité brandi par l’ambassadeur Nkou serait une raison de plus pour boycotter l’audition du 07 mai…

 

Décidément la peur a vraiment changé de camp….

 

Essama Benoit Joël,

 

Journaliste indépendant, Genève