Plusieurs centaines de militants « anti-françafrique » se sont retrouvés le samedi 29 mai dernier à Aubervilliers, dans la banlieue parisienne, autour du thème «Libérons-nous de 50 ans de Françafrique» afin de débattre de différents aspects de la politique française en Afrique et surtout, de ses conséquences néfastes sur la démocratie, les droits humains, les migrations, le développement et l’appauvrissement croissant des populations africaines.


                                                                            delegation_du_CODe_au_Forum

C’était dans le cadre du « Contre forum Afrique-France» organisé par une dizaines d’associations Françaises et africaines, en contrepoids du Forum officiel « France -Afrique» réunissant les Chefs d’Etats africains et français, qui s’est tenu le 31 mai et 1er juin à Nice, sur la Côte d’Azur.

A coté des organisations françaises comme Survie, Green Peace, CCFD-Terre Solidaire, Attac - France, Oxfam, Peuples solidaires,… étaient présentes des Associations africaines comme la Fédération des Congolais de la Diaspora (FCD), le Collectif des Organisations Démocratiques et Progressistes des Camerounais de la Diaspora (CODE-, Justice pour Thomas Sankara, le Collectif des Associations contre l’impunité au Togo (CACIT-Togo), Assez de Coups d’Etat (Mauritanie), « Publiez ce que vous payez » - Congo, l’Union des Populations du Cameroun (UPC) etc… ; La plupart de ces associations tenait chacune un stand bien achalandé en documents présentant leurs activités ou dénonçant le pillage de l’Afrique par des sociétés françaises, ou encore le soutien des autorités françaises aux régimes antidémocratiques sur le continent.

                                                                      Stand_Green_Peace

Le Cameroun représenté par le CODE

Au milieu des dizaines de stands présents, en tant que camerounais, l’un attire très notre attention: le stand du CODE, derrière lequel trône un homme plutôt posé qui se présente à nous comme étant le Docteur Ndjoumi Patrice, président du Cercle Félix Moumié et secrétaire aux finances du CODE. A notre question de savoir pourquoi le CODE n’a pas organisé de manifestations à l’occasion de la venue en France du président Biya, notre interlocuteur nous explique ce que « le travail du CODE n’est pas uniquement de faire des manifestations de rues. Le CODE essaie aussi d’utiliser tous les espaces qui s’offrent à lui pour mieux se faire connaître, ses combats et surtout pour faire connaître la situation chaotique de la démocratie au Cameroun où l’impunité est devenue un mode de gouvernement et où de nombreux prisonniers politiques croupissent injustement en prison ».Et il poursuit « vous voyez qu’il y a des gens de plusieurs pays et de plusieurs associations ici et c’est intéressant d’être au contact de tout ce monde pour chercher des relais». Sur la table tenant lieu de stand au CODE, on peut obtenir des informations sur plusieurs sujets et surtout divers documents et rapports sur les émeutes de février 2008 (qui firent entre 40 et 139 morts, ndlr), la mort en prison du journaliste Bibi Ngota, l’emprisonnement de Lapiro de Mbanga et Paul Eric Kingué, l’élection présidentielle de 2011 au Cameroun, la saisine de la CPI sur les massacres de février, etc. Bref, le visiteur y trouve un peu de tout sur la situation politique du Cameroun.


« Non au soutien de l’ONU à ELECAM et au hold-up électoral en préparation »

                                                                       Tene_Sop_pendant_son_allocution

Dans l’un des ateliers de ce « contre-sommet » portant sur le thème « Elections et démocratie en Afrique », des leaders d’opinion du Togo, du Congo, de Mauritanie et du Cameroun ont longuement évoqué la politique française dans leurs pays respectifs et notamment la question de la gouvernance démocratique et des élections. Le Cameroun était représenté dans cet atelier par Monsieur Tene Sop, autre responsable du CODE et en même temps secrétaire général du Conseil National pour la Résistance / Mouvement UmNyobiste. Ce dernier , après avoir rappelé que le « gouvernement illegitime du Cameroun n’est arrivé au pouvoir que par la volonté de la France qui a décimé tout le leadership nationaliste », s’est surtout appesanti sur ce qu’il a appelé le « climat de terreur » que le régime de Paul Biya fait régner au Cameroun et qui rendent plus que sceptique sur les conditions de l’élection présidentielle de 2011 au Cameroun». Parlant D’ELECAM, Tene Sop rappelé que le CODE y est «radicalement hostile» avant de se dire scandalisé par «le soutien que l’ONU, à travers le PNUD, apporte à un organisme partisan, partial et dépendant du pouvoir néo-colonial illégitime et qui est largement contesté à la fois par les organisations de la société civile camerounaise et par les partis de l’opposition ». Commentant sur le logiciel informatique, récemment remis par le PNUD à ELECAM pour aider à la transparence des prochaines élections au Cameroun, Tene Sop tranche net: «c’est une imposture car aucun logiciel ne peut parer la fraude en préparation au Cameroun. Seul un organe impartial peut être le garant minimal de la transparence de la prochaine élection au Cameroun» .

« La France doit faire la lumière sur les massacres des populations civiles au Cameroun entre 1955 et 1970 »

l’un des temps forts de ce contre sommet a été le concert organisé dans la soirée de ce samedi 29 mai, et au cours duquel se sont succédé sur le podium, des artistes engagés contre la nébuleuse françafricaine.

 Odile_Biyidi_discours_avant_concert

Mais avant le début du concert proprement dit, c’est l’infatigable Odile Tobner, la présidente de l’organisation « Survie » et veuve de l’écrivain camerounais Mongo Béti, qui ouvre les hostilités par un discours très critique sur la colonisation française en Afrique et ses séquelles. Odile Tobner a dénoncé les gouvernement français de gauche et de droite qui selon elle, « ont développé un système opaque de gestion des relations France-Afrique échappant au contrôle du peuple francais et de sa représentation nationale3, ce qui selon elle «  a favorisé le pillage de l’Afrique par les multinationale françaises, la corruption, la criminalité d’Etat et le développement de dictatures les plus corrompues et les plus rétrogrades comme au Cameroun, au Congo, au Gabon et au Tchad.

                                                                            Essoh_Discours_avant_concert

Après Odile Tobner, c’est le Dr Moise Essoh, le secrétaire exécutif, est revenu sur « la guerre d'indépendance » et les massacres de l’armée française au Cameroun entre mai 1955 et 1970, une guerre qu’il dit « occultée par les pouvoirs colonial et néo-colonial qui se sont succédé au Cameroun ». Il a terminé son intervention en indiquant que les massacres commencé depuis la période coloniale et l’occupation française, se poursuivent jusqu’à ce jour, en citant comme exemple les évènements sanglants de février 2008 au Cameroun. C’est aux cris de "Paul Biya assassin, Sarkozy complice" repris par la salle que Mr Essoh a bouclé son speech.

Après le contre sommet d’Aubervilliers les militants se sont immédiatement transporté à Nice où de nombreuses autres manifestations ont eu lieu contre la politique française en Afrique.


Activistes_anti_Francafrique_a_Nice_le_31_Mai Olivier_Thimmonier_SG_Survie_a_Nice                      

Les activistes « anti-françafrique » se retrouveront de nouveau à Paris le 13 juillet pour une manifestation géante visant à dénoncer la présence au défilé du 14 juillet, jour de la fête nationale française, de « dictateurs africains et des leurs armées criminelles », peut ton lire sur le tract qui appelle à cette manifestation. Le Professeur Nyamsi Franklin, Secrétaire aux affaires politiques du CODE a annoncé que son organisation prendra une place dans ces manifestations, car soutient-il, « c’est inadmissible pour nous les progressistes africains que nos armées viennent défiler sur les champs Elysées tant que le contentieux historique entre la France et le Cameroun, n’est pas vidé».

Reportage de Essama Benoît Joel

Journaliste indépendant.


Voir aussi un reportage de la Chaîne Africa 24 sur le "Contre Forum citoyen - Afrique - France":
http://www.dailymotion.com/video/xdhr61_jt-afrique-30-mai-2010-edition-de-l_news