11 avril 2008
Le CODE écrit à Barroso et dénonce la complaisance de la commission vis à vis du régime antipopulaire de Paul Biya
A son excellence
Monsieur José Manuel BARROSO,
Président de la Commission Européenne
Réf.: CE5/CC/CODE/2008
Objets :
Ø Application du régime des sanctions prévues par l’Accord
de Cotonou contre le gouvernement antidémocratique du Cameroun pour violation
des principes démocratiques et des droits humains
Ø Interpellation
du gouvernement camerounais sur les massacres des populations civiles et la
révision anticonstitutionnelle de la constitution.
Excellence, Monsieur le Président,
La présente correspondance fait suite à
celles que nous vous avons déjà adressées en juillet 2004, en avril 2005 et en
avril 2007. Dans ces précédentes correspondances, notre organisation, le CODE,
exprimait son incompréhension par rapport à l’attentisme, voire à la complaisance
de l’Union Européenne face aux violations massives des droits Humains, des
principes démocratiques et de l’Etat de droit au Cameroun par les autorités
antidémocratiques au pouvoir.
Malgré nos précédentes interpellations,
nous n’avons pas observé de changement significatif de l’attitude de l’Union
Européenne à ce sujet.
Pourtant, à chaque fois, nous vous
démontrons que l’aggravation de la situation sociopolitique, les fraudes
électorales à répétition, les violations massives des droits humains et des
libertés individuelles, auraient dû amener les institutions européennes
compétentes, dans le cadre des dispositions pertinentes des accords de
partenariat UE-ACP, à prendre des mesures coercitives contre le régime corrompu
et illégitime du Cameroun.
Une fois encore, nous venons vous
indiquer que la situation au Cameroun s’est encore aggravée depuis notre
dernière courrier, et notamment ces dernières semaines. Afin de vous situer sur
la gravité de la situation sociopolitique du Cameroun qui se dégrade sans cesse,
nous nous limiterons à trois niveaux :
I. La révolte populaire de
fin février 2008
Fin
février 2008, en moins de 5 jours, plus de 250 Camerounais ont perdu la vie
pour avoir manifesté contre des conditions de vie de plus en plus
insupportables, et contre la révision annoncée de l’article 6.2 de la
constitution du Cameroun, censée permettre à M. Paul Barthélemy Biya de se
représenter une nouvelle fois à la présidence de la république au delà de son
deuxième et dernier mandat constitutionnel, qui se termine en 2011. Pour
rappel, M. Paul Barthélemy Biya, 75 ans, est au pouvoir depuis 26 ans (1982) et
constamment « réélu » grâce à des parodies d’élections que seule la
diplomatie et les intérêts économiques poussent les officiels de certains pays
à prendre en considération.
Permettez nous de vous rappeler que dans notre
courrier d’avril 2007, il y a un an, en vous éclairant sur les objectifs de la
mascarade électorale de juillet 2007, nous vous avions déjà annoncé le présent
scénario. Voici en substance ce que nous écrivions :
« L’enjeu des élections législatives du 22 juillet 2007
pour Monsieur Biya, qui est entrain d’épuiser ses 2 septennats
constitutionnels, est de tout mettre en œuvre pour rafler une majorité
confortable au Parlement ; ce qui lui permettrait par la suite, de
tripatouiller la constitution camerounaise pour se donner la possibilité de
briguer un autre mandat présidentiel. Le CODE s’insurge contre toutes ces
manœuvres et attire l’attention de la Commission de l’UE sur les dangers que
ferait courir une telle modification constitutionnelle au Cameroun, déjà en
proie à de nombreuses lignes de fractures internes. Il n’est pas inutile de
rappeler que la guerre civile qui ravage actuellement le Tchad est en grande
partie due au tripatouillage de la constitution Tchadienne en 2004 par le
président Idriss Déby Itno avec le soutien explicite de la France! ».
Nous n’avons plus rien à rajouter, vous êtes au courant de ce qui s’est passé au Cameroun, comme vous l’avez relevé dans votre communiqué du 27/03/2008 sur la situation dans notre pays.
II-La
réponse du régime à cette révolte et les massacres de populations désarmées
En réponse à ces manifestations, le régime a
décidé de faire descendre l’armée dans les rues, avec des chars, et l’ordre de
tirer sur les populations civiles désarmées. La jeunesse camerounaise a payé à
ce sujet un lourd tribut. Si le gouvernement illégitime reconnaît 40 morts, les
ONG des droits humains et les organisations de la société civile parlent de 150
à 200 morts. Le CODE prétend q’une enquête indépendante sur l’ampleur de ces
massacres ne conclura pas à un bilan de moins de 250 morts, en 5 jours de
révolte.
En plus de ces massacres à large échelle, des
nombreuses arrestations arbitraires ont eu lieu, avec une justice expéditive et
de masse qui a condamné jusqu’à 15 ans d’emprisonnement des jeunes mineurs pour
avoir exprimé leur opinion politique en manifestant contre la révision de la
constitution. Le régime camerounais détient donc des prisonniers politiques au
Cameroun.
Enfin, comme vous l’avez remarqué dans votre
communiqué, les médias libres qui ont osé rapporter la réalité des faits ont
été bâillonnés, et interdits. Aujourd’hui encore, des arrestations arbitraires
ont lieu, suite aux dénonciations arrachées par la torture aux manifestants
emprisonnés.
III. La
révision de l’article 6.2 de la constitution
Consciente qu’une telle révision, ne peut se faire sans risque d’explosion si elle n’associe pas l’ensemble de la population, l’Union Européenne déclare dans son communiqué de presse : « l’importance de soumettre les propositions de révision constitutionnelle à un débat large, libre et ouvert, incluant toutes les composantes de la société camerounaise ». Force est de constater que même le conseil de l’Union Européenne n’a pas été entendu par le régime antidémocratique et dictatorial de Yaoundé. En effet, le projet de révision constitutionnelle a déjà été déposé, adopté en commission et sera adopté en séance plénière cette semaine par une majorité parlementaire illégitime issue de la mascarade électorale de juillet 2007, et ceci sans aucune consultation, même au sein du parti au pouvoir.
La situation socio-économique marquée par un appauvrissement
extrême de la population et une corruption sans égale de la classe politique
dirigeante, le passage en force de la révision, et les massacres
à large échelle, dévoilent le véritable visage de la dictature camerounaise.
Face à la gravité de la situation ainsi décrite,
nous nous tournons vers l’Union Européenne parce que nous pensons que votre
institution peut encore aider le peuple camerounais.
Excellence, Monsieur le Président,
Le Collectif
des Organisations Démocratiques et Patriotiques de la Diaspora Camerounaise
(CODE) a bien sûr pris acte du communiqué que l’Union Européenne a publié au
sujet de cette situation, et l’en remercie. Le CODE
regrette cependant que l'UE se borne à «dénoncer» les faits, sans les condamner. L’UE exprimerait-elle par cela que les
massacres des populations civiles, les arrestations arbitraires, les jugements
expéditifs, les atteintes aux droits humains et à la liberté de presse sont
dénonçables mais pas condamnables ? Le CODE dénonce cette attitude
d’attentisme voire de complicité avec un régime coupable de faits graves.
Par
ailleurs, l’Accord de Cotonou reconnaît qu’un « environnement
politique garantissant la paix, la sécurité et la stabilité, le respect des
droits de l’Homme, des principes démocratiques et de l’Etat de droit et la
bonne gestion des affaires publiques, fait partie intégrante du développement à
long terme ». Cet accord a aussi prévu un régime
de sanctions lorsqu’une partie déroge au respect des droits de l’Homme, aux
principes démocratiques et à l’Etat de droit.
Considérant la gravité de la situation du Cameroun, le Collectif des Organisations Démocratiques et Patriotiques des Camerounais de la Diaspora (CODE) appelle votre haute institution à:
1. Mettre en application les dispositions de l’article 96 de l’accord de Cotonou qui prévoient un régime de sanctions à l’encontre des gouvernements qui violent les droits de l’homme et les principes démocratiques, ou en se maintenant au pouvoir par des mascarades électorales.
2. Faire pression sur les autorités camerounaises pour qu’elles renoncent à leur révision anticonstitutionnelle et que le président Biya s’engage définitivement et irréversiblement à quitter le pouvoir, comme il doit le faire, au plus tard en 2011.
3. Soutenir le CODE dans son exigence de la mise en place d’une Commission Internationale d’Enquête sur les massacres de février 2008 au Cameroun.
4. Geler les
avoirs dans les banques européennes et procéder à la saisie des biens meubles
et immeubles des membres du régime camerounais accusés ou soupçonnés de
corruption et/ou de détournements de deniers publics.
Dans l’espoir que vous prendrez en
considération notre demande, veuillez agréer, Excellence, Monsieur le
Président, notre très haute considération.
Fait à Bruxelles, ce 09 avril 2008
Les
organisations membres du CODE :
- CNR/MUN (Conseil National de la Résistance – Mouvement Um
Nyobiste) M.
G. TENE SOP
- UPC (Union des Populations du
Cameroun) : Dr
Moïse ESSOH, (Secrétaire exécutif du CODE)
- CFM (Cercle Félix Moumié) : Dr Patrice NDJOUMI
- CFD (Campaign For Democracy) : Luc Magloire ZINTCHEM
Ampliations :
· Président du Parlement Européen, Présidents de
Commissions (Affaires Etrangères, Droits humains, Commission du Développement
et de la Coopération)
· Présidence de la Commission de l’Union Africaine
· Comité des médiateurs de l’Union Africaine
· Commissaire européen à la Coopération et au Développement
· Députés Européens
· Presse Nationale et Internationale
09 avril 2008
Lettre ouverte du CODE à M. Paul Barthélemy Biya bi Mvondo
"Monsieur, ne vous trompez pas d’avenir"
Monsieur
Paul Barthélémy Biya,
Deux
semaines à peine après la « Fête de la jeunesse » la jeunesse
camerounaise et le peuple camerounais vous ont exprimé ce qu’ils pensaient
sincèrement, du fond de leur cœur, de votre gestion et de votre projet de
modifier la constitution pour vous maintenir au pouvoir.
Au lieu de les écouter, vous avez infantilisé la jeunesse en
la présentant comme « manipulée » par des « apprentis
sorciers » que vous avez ensuite essayé de fabriquer en vain.
Les
jeunes camerounais vous ont exprimé courageusement et sans hypocrisie, de leur
propre cœur et de leur propre bouche, leurs sentiments envers votre politique
et ses conséquences quotidiennes. Vous les avez réprimés, tués, emprisonnés et
séquestrés. Si le sang a une valeur symbolique ou métaphysique, ce sang crie
toujours et aura son effet sans aucun doute, même si pour ceux qui l’ont versé,
il renforce momentanément leur pouvoir.
Monsieur
Biya,
Nous
ne doutons pas que le pouvoir enchaîne, au point qu’on ne puisse pas
s’envisager hors de ce pouvoir. Mais comme tous les autres chefs d’Etat anciens
et présents, vous n’êtes qu’un homme, un homme que l’avenir peut rattraper avec
cruauté ou avec bonheur, selon le propre choix de cet homme. Ne vous trompez
pas d’avenir, car vous n’avez le choix qu’entre 4 scénari possibles :
Vous
pouvez vous projeter comme Monsieur Idriss Deby, votre voisin, qui échappe in
extremis à
des coups d’Etat successifs grâce à la France à qui il est alors chaque fois
plus redevable. Mais à l'instar de ses prédécesseurs, il n'en réchappera pas ad
vitam æternam, c’est une certitude.
Peut-être
préférez-vous une fin à la Gnassingbé Eyadema, surpris par la mort alors qu’il
était encore au pouvoir et - dit-on - dans l'avion qui l'emmenait en France
pour quérir des soins que le système de santé de son pays ne pouvait prodiguer
à ses citoyens. Peut-être est-ce cela que vous souhaitez, et alors tant mieux
pour vous, du moins sur cette terre.
Cependant,
nous vous présentons aussi le destin de Mobutu Sese Seko, cet homme qui croyait
tenir le Zaïre certainement mieux que vous ne tenez le Cameroun, qui n’avait
jamais envisagé son avenir hors du pouvoir. Parce qu’il n’a pas su percevoir à
temps le sens de l’Histoire, il s’est retrouvé fuyant comme un vulgaire bandit
vers l’aéroport de Kinshasa pour échapper à un avenir cruel.
Et
enfin, vous pouvez vous inspirer de MM. Mandela, Diouf, Kérékou, Konaré,
prochainement Mbeki, qui vivent certainement tout aussi heureux hors du pouvoir
que quand ils y étaient.
L’Histoire
n’est jamais une question du moment, c’est une question de temps. Et de toutes
façons, ce temps vous est compté. Alors faites le bon choix, car les occasions
de se retourner se feront rares. Regardez en arrière, et souvenez-vous de votre
première prestation de serment : plus de 25 années déjà. Et ces années,
patiemment, heure par heure, jour par jour, mois par mois, ont passé.
Ne
vous trompez pas en croyant que demain est lointain, et que l’essentiel, c’est
d’y rester aujourd’hui. Demain est encore plus proche que le 06 novembre 1982.
Vous
savez bien que le système de santé est en faillite, puisque régulièrement, sans
aucun scrupule, vous le fuyez au profit d'hôpitaux européens pour vous y faire
soigner.
Vous
savez bien que la corruption a gangrené votre régime et vous nous en donnez des
aveux chaque jour par les arrestations de quelques rares individus dans la
masse des corrompus.
Bref,
vous savez bien que vous avez échoué dans l’objectif primordial d’un chef
d’Etat, qui est d’assurer à son peuple le développement et l’élévation de son
niveau de vie.
Votre
présence à la tête de notre pays est la plus grande catastrophe naturelle qui
soit arrivée à celui-ci ! C’est dur à entendre, mais seule la vérité
affranchit pour qui veut être libre.
Affranchissez
vous, M. Biya et regardez la réalité en face : laissez le pouvoir en 2011,
ou avant si vous voulez. Mais ne tentez pas d’y rester.
Cette
réalité que vous niez et que vous ne voulez regarder qu'au prisme de votre
grande ambition de mourir au pouvoir, au prisme des renseignements erronés que
vous recevez de vos collaborateurs, cette réalité est plus grave et plus
explosive que ce que vous en avez vu il y a quelques semaines. Ne vous y
trompez pas.
Prenez
donc cette lettre ouverte comme l’appel d’un peuple à son dirigeant pour lui
dire :
« Nous
ne voulons pas t’affronter par la force. Ne nous y pousse pas. Parce que tu vas
perdre même si le sang doit couler ».
Sans
douter que nous sommes en phase avec tous les Camerounais progressistes ou
démocrates, de toutes les organisations de la société civile camerounaise et
des partis politiques camerounais y compris le vôtre (où tout le monde ne
souhaite pas cette révision constitutionnelle),
Et
par amour pour notre pays, pour la paix dans notre pays, pour le progrès dans
notre pays,
Renoncez
à votre révision constitutionnelle tant qu’il est encore temps !
Ne
nous poussez pas sans cesse à bout, vous serez surpris de notre
détermination ;
Ne
vous croyez pas invincible, vous pourrez être cruellement désillusionné.
Ne vous trompez pas d’avenir.
Pour le CODE ,
- CNR/MUN (Conseil National de la Résistance – Mouvement Um
Nyobiste) M. G. TENE SOP
- UPC (Union des Populations du
Cameroun) : Dr Moïse
ESSOH, (secrétaire exécutif du CODE)
- CFM (Cercle Félix Moumié) : Dr Patrice NDJOUMI
- CFD (Campaign For Democracy) : Luc Magloire ZINTCHEM
17 mars 2008
Le CODE écrit à M. Nicolas SARKOZY, sur la situation au Cameroun
Monsieur le Président de la République française,
Monsieur l’Ambassadeur de France en Belgique,
Vous n’ignorez pas qu’au Cameroun, pays voisin du Tchad, se déroule un énorme drame humain et politique. Depuis plusieurs jours, des centaines de Camerounais ont perdu la vie pour avoir manifesté contre des conditions de vie de plus en plus insupportables et contre la révision annoncée de l’article 6.2 de la constitution du Cameroun, censée permettre à M. Paul Biya, l’homme fort de ce pays, de se représenter une nouvelle fois à la présidence de la république au delà de son deuxième et dernier mandat constitutionnel, qui se termine en 2011.
Vous savez pourtant que M. Paul Biya, 75 ans, est au pouvoir depuis 26 ans (1982), et s’est fait constamment « réélire » grâce à des parodies d’élections que seule la diplomatie et les intérêts économiques poussent les corps diplomatiques à Yaoundé à prendre en considération.
De plus, son régime est l’un des plus sournoisement féroces contre les droits humains.
Le mercredi 27 février, l’ignominie de ce régime s’est encore démontrée avec une cruauté machiavélique : après avoir laissé environ 600 jeunes s’engager sur le pont du Wouri, le principal pont de Douala, la capitale économique du Cameroun, les forces de police ont attendu que ces jeunes soient en plein milieu du pont pour les coincer traîtreusement, balançant des deux extrémités du pont des gaz lacrymogènes, utilisant des canon à eau, des tirs à balles réelles. Dans la panique, beaucoup de sont jetés à l’eau. Le bilan de ce drame n’est pas encore connu, mais il démontre la violence et la perfidie du régime. Jusqu’aujourd’hui encore, des corps continuent d’être repêchés dans le fleuve Wouri.
Dans la même soirée, le très peu bavard président camerounais s’est adressé à la Nation pour intimider les manifestants, annonçant que « tous les moyens seront utilisés pour que force reste à la loi ».
Présentant les « jeunes » comme de petits enfants qui se font « manipuler », alors que ces jeunes en moyenne âgés de 25 ans ont une idée claire de leur propre avenir, il a déploré « le risque [que l’on fait courir à ces jeunes] en les exposant à des affrontements avec les forces de l’ordre », comme si d’office, descendre pacifiquement dans la rue pour exprimer une opinion politique ne peut entraîner que des morts, dont lui-même a reconnu que le bilan en serait lourd.
Son discours est une provocation pour la majorité du peuple qui ne désire que son départ, et un blanc-seing aux forces de l’ordre pour qu’elles abusent de leur puissance. Des précédents ont déjà eu lieu, notamment avec le commandement opérationnel, sorte de commando anti-criminalité qui s’était vite transformé en unités de racket et d’exécutions sommaires, qu’il avait été obligé de dissoudre.
Depuis, le Cameroun est sous Etat d’urgence de fait : les patrouilles de police, de gendarmerie et même de militaires en chars, ont eu lieu et ont encore lieu en pleine ville et à toute heure ;
les radios et les télévisions privées sont fermées manu militari lorsqu’elles informent sur ces contestations, des journalistes sont séquestrés ;
des enfants et des jeunes sont arbitrairement jugés, à la hâte et en masse, écopant de peines allant de 2 à 15 ans d’emprisonnement ferme pour avoir manifesté leur opinion politique, et pour casser extrajudiciairement le mouvement de révolte ;
les opposants politiques les plus fermes dans leur exigence de démocratie et de retrait du projet de révision de la constitution sont arrêtés et détenus sans motifs valables ;
etc.
Monsieur le Président de la République française,
Monsieur l’Ambassadeur de France en Belgique,
La situation au Cameroun aujourd’hui, comme dans d’autres pays francophones de la sous-région, est telle que la population camerounaise ne voit qu’une seule de ces trois solutions possibles:
1- soit elle fuit le pays en masse, vers l’Europe et notamment la France ;
2- soit elle arrive enfin à s’exprimer par de véritables élections démocratiques qui sans aucun doute se solderont par l’échec du régime en place ;
3- soit une partie de cette population décide de chasser le dictateur par la force et notamment par les armes, avec les incertitudes et les drames que ce type de solution peut comporter.
Nous ne vous cachons pas que la première et la troisième solution sont les seules que les Camerounais ont aujourd’hui le pouvoir et pour certains l’envie d’appliquer. Mais vous conviendrez avec nous que la meilleure des solutions, est pourtant la seconde.
Les exigences du peuple camerounais et principalement de sa diaspora vis-à-vis de la France sont donc claires et simples:
- Que la France dénonce sans ambiguïté les meurtres et assassinats de manifestants, les détentions abusives de journalistes et de jeunes, qui deviennent par la manière et les sanctions qu’ils ont écopées, des prisonniers politiques ;
- Que la France réponde positivement à la demande de la diaspora camerounaise et des forces politiques de l’intérieur de créer une commission d’enquête internationale sur les massacres de ces derniers jours et
- Que la France appelle clairement le régime de M. Biya à laisser la population s’exprimer comme dans tout Etat de droit ;
- Que la France oblige l’autocrate camerounais (car il en devient un) à renoncer à la révision de la constitution et notamment l’article 6.2 ;
- Que la France appelle le président Biya à renoncer au pouvoir et à laisser la classe politique camerounaise, qui est d’ailleurs déjà prête pour cela, à mettre en place un code électoral véritablement démocratique seul capable de pacifier, de réconcilier et de développer le Cameroun, et non « Elecam », l’autre structure peu démocratique que le premier ministre de M. Biya s’acharne à mettre en place actuellement pour donner le change, en saupoudrant des mesures destinées aux seuls fonctionnaires et naturellement aux militaires, oubliant la masse des autres travailleurs et le reste de la population.
Si M. Paul Biya refuse d’entendre son peuple, le tuant au passage, il ne refusera certainement pas d’entendre la France ni M. Sarkozy, parce que vis-à-vis de M. Biya, la France a les moyens de se faire entendre.
Nous savons que l’Afrique fait partie des intérêts que la France tient en priorité. Mais nous savons aussi le soutien que vous continuez d’apporter à des régimes très peu démocratiques tels que celui du Tchad, pour ne citer que celui-là. Or souvenez vous qu’au Tchad aussi, M. Deby avait modifié la constitution pour se maintenir au pouvoir, et que même dans son propre camp, l’exaspération a généré un des mouvements rebelles.
Nous avons la faiblesse de croire que la « France qui n’est pas responsable des dictateurs » selon vos propres paroles dans le fameux discours de Dakar, ne va donc pas se contredire en soutenant le dictateur qui sévit au Cameroun.
Nous avons la faiblesse de croire que l’inévitable exode de la jeunesse camerounaise, principalement vers l’Europe et vers la France, ne laissera votre gouvernement indifférent.
Nous avons la faiblesse de croire que vous n’allez pas attendre un bilan d’un millier de morts, ou qu’un ressortissant européen soit touché, pour vous exprimer sur cette situation.
Alors M. le président Sarkozy, nous vous écoutons, la diaspora camerounaise vous écoute.
Et nous attendons de vous entendre sur ces événements, sur les souhaits du peuple camerounais et de sa diaspora. Ou de ne pas vous entendre du tout, ce qui sera également une réponse très explicite.
Nos salutations distinguées.
Albert TETANG, Personnalité indépendante de la Diaspora camerounaise de Belgique
Moïse ESSOH, Secrétaire Exécutif du CODE







