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Photo: FAO
La minorité anglophone camerounaise représente 20 pour cent des 16,6 millions d’habitants que compte le pays

YAOUNDE, 22 février 2007 (IRIN) - Une vingtaine de membres d’un groupe sécessionniste anglophone du Cameroun ont été emprisonnés le mois dernier sans qu’aucune charge ne soit retenue contre eux, ce qui, selon leurs avocats, constitue une des toutes récentes tentatives du gouvernement de museler ses détracteurs en les plaçant en détention sans procès.

Plusieurs membres du Conseil national du Cameroun méridional (SCNC) ont été arrêtés et emprisonnés le 20 janvier, alors qu’ils tenaient une conférence de presse animée par le vice-président du groupe, Nfor Ngala Nfor. Les deux audiences prévues pour l’audition des détenus ont été reportées.

« Les autorités les sont arrêtés sous le prétexte qu’ils n’avaient pas d’autorisation pour organiser cette réunion », a déclaré Blaise Berinyuy, un avocat du groupe. « Ces dernières années, les arrestations de ce type sont devenues courantes et la situation ne s’est guère améliorée ».

Depuis 1993, le SCNC appelle à la sécession des deux provinces anglophones du nord-ouest du Cameroun et dénonce la marginalisation dont fait l’objet la minorité anglophone camerounaise. Celle-ci représente 20 pour cent des 16,6 millions d’habitants que compte le pays.

Après une série d’affrontements avec les forces de sécurité dans les années 90, le gouvernement camerounais a fini par interdire ce groupe en 2001.

« Aucune réunion de ce groupe ne peut être autorisée. En conséquence, elle est considérée comme illégale », a déclaré Abada Assomo, porte-parole du ministère de l’Administration territoriale et de la Décentralisation. « Lorsque les membres du SCNC tiennent une réunion, il est normal qu’on les fasse arrêter. Il ne s’agit pas d’arrestation arbitraire, puisque leur activité est interdite par la loi ».

Problème persistant

En 1922, la Société des Nations a divisé le Cameroun en deux zones, l’une administrée par la France, et l’autre par le Royaume-Uni. La partie française a obtenu son indépendance en 1960, tandis que la zone anglaise devait choisir entre la fusion avec le Nigeria ou avec le Cameroun francophone nouvellement créé. Le nord du Cameroun a choisi de s’associer au Nigeria, alors que le sud a rejoint la partie francophone du Cameroun, en 1961.

Petit à petit, l’autonomie du Sud Cameroun s’est effritée jusqu’à sa dissolution en 1972, avec la formation d’un Etat centralisé. Au fil du temps, les Camerounais anglophones se sont sentis de plus en plus marginalisés, ont fait remarquer des groupes de défense des droits de l’homme.

Le Président Paul Biya, qui a accédé au pouvoir en 1982, a ouvert le système politique camerounais au multipartisme, en 1990, suivant ainsi le sens du mouvement démocratique qui s’est emparé du continent. Lors de l’élection présidentielle de 1992, le candidat anglophone John Fru Ndi s’est présenté à la magistrature suprême mais a été battu par le candidat sortant, le Président Biya. Les Anglophones ont alors remis en question la victoire de Biya, criant à la fraude.

« Il faut reconnaître que depuis cette relative ouverture de l’espace politique…il y a de plus en plus d’actions favorable à une délégation des pouvoirs, à moins de concentration du pouvoir, au sens géographique du terme, mais également en termes d’accès aux postes clés de la fonction publique », a avancé Paul Simo, un avocat camerounais et ardent défenseur des droits de l’homme qui vit au Nigeria.

« Le SCNC est le principal fer lance de ces revendications politiques », a affirmé M Simo, qui ne représente cependant pas ce groupe.

La répression de l’Etat

Différentes actions ont été menées contre le gouvernement, notamment l’occupation en 1999 des locaux de la station de la télévision nationale, située à Buea, à environ 500 kilomètres à l’ouest de Yaoundé, la capitale. A cette occasion, des membres du SCNC avaient annoncé l’indépendance du Cameroun anglophone.

Trois membres du SCNC ont été tués et cinq autres blessés en 2001, lors de la manifestation organisée à l’occasion du 40ème anniversaire de l’unification des deux Cameroun.

En décembre dernier, des incidents ont éclaté à l’Université de Buea lorsque le gouvernement à voulu inscrire des Francophones sur une liste de candidats à une école de médecine. Deux étudiants ont été tués lors des affrontements avec les forces de sécurité.

« Depuis l’indépendance du pays, le gouvernement camerounais n’a jamais voulu prendre en compte les revendications des Anglophones », note la Fédération Internationale des Droits de l’Homme, dans son rapport 2003, qui condamne « les assassinats, arrestations arbitraires et toutes les formes de mauvais traitement, ainsi que les atteintes à la liberté d’opinion, d’expression, d’association et de manifestation » dont fait l’objet SCNC.

Quelques ouvertures timides

Lors de la conférence de presse du 20 janvier, Nfor Ngala Nfor avait annoncé qu’il avait envoyé une pétition au Comité les Droits de l’Homme, afin que celui-ci se prononce sur « l’annexion, l’occupation brutale et la colonisation du sud du Cameroun par la République du Cameroun ».

Il y a quelques mois, le gouvernement semblait s’orienter vers l’idée d’un dialogue avec le SCNC.

« Mais les responsables du gouvernement ne se sont jamais présentés aux réunions qu’ils avaient eux-mêmes initiées, afin de s’entretenir avec le SCNC », a précisé Berinyuy, l’avocat du groupe.

Selon Paul Simo, le gouvernement pouvait traiter de problèmes plus vastes touchant l’ensemble des Camerounais, et soulevés par le SCNC.

« Les grands constitutionnalistes, experts en droit ainsi que les personnalités importantes du Cameroun francophone reconnaissent certainement que cette question mérite d’être abordée, parce qu’elle se situe au cœur de la problématique de l’unité et de l’identité nationales, a déclaré M Simo.